10Jonctions est une création spectacle vivant et virtuel. Elle questionne le temps et le Big BanG. Peut-on se jouer du temps? Qu’y peut-il ce boxeur qui cogne comme un forcené sur le balancier d’un coucou suisse.

Avec Sylvia Bongau , Susanne Schmidt, Marc joseph Sigaud ( live mocap acteur), Julien Lorcy (champion du monde de Boxe)
  • Régie: François David- Création Visuelle des corps tombants par Eve Ramboz, Medialab
  • Musique live : Marc Piéra
  • Partenaires : Utram, Spedidam, Adami
  • Régie virtuelle : Mocap système Exo-squelette mécanique logiciel 3D realtime de E. berriet

    Pierre Bongiovanni, un diagilev des arts multimédias

    Samedi, 25 Décembre, 1999

    Photographe, écrivain, créateur d’une résidence pour artistes, Pierre Bongiovanni préside aujourd’hui les ” Nuits savoureuses ” de Belfort, ” premier festival d’arts multimédias urbains “. Quand poésie et technologie se rencontrent.

    ” On n’a qu’une vie, et pas de temps à perdre. ” Pierre Bongiovanni n’endossera pas le costume convenu de l’interviewé. Il tire le portrait du photographe, interroge la journaliste. Mais dispense au compte-goutte les informations sur lui-même, valse-hésitation entre confidence et provocation. Brouille les pistes en affirmant qu’il a plusieurs vies, plusieurs identités, qu’il écrit sous divers pseudonymes. Pas question pour lui, apparemment, de devenir un ” pro ” de la communication sous prétexte qu’il est le grand manitou officiel des ” Nuits savoureuses “, le ” premier festival d’arts multimédias urbains ” qui se tient à Belfort du 17 au 26 décembre (voir encadré ci-dessous).

    La nuit tombe sur la ville, flocons de neige éparse, la Savoureuse roule avec force les pluies de ces derniers jours. À ses abords, en plein centre-ville, les installations du festival auquel elle a donné son nom attendent la nuit pour s’animer. Dans l’agitation des derniers préparatifs, Pierre Bongiovanni fait visiter son domaine provisoire, en tentant de définir les ” arts multimédias ” qu’il met à l’honneur : ” Comme leur nom l’indique, ces arts utilisent plusieurs médias, à savoir le son, la musique, la lumière, différents types d’images, photo, vidéo, de synthèse. La nouveauté par rapport aux formes d’art plus classiques, c’est qu’ils rendent possible l’interactivité avec le spectateur. Sa voix, son regard, sa présence, son poids, son image peuvent intervenir, par l’intermédiaire de capteurs, de souris, de claviers, de téléphones, de caméras. ” D’accord pour les arts multimédias, mais pourquoi ” urbains ” ? ” L’idée du festival est de faire sortir ces arts expérimentaux des lieux spécialisés, de les faire descendre dans la rue, pour que le public les découvre. En face de ces ouvres, les gens sont surpris, effrayés, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver, ils n’ont pas de repères, pas de codes. À nous de les accompagner dans cette découverte. “

    Pour mettre sur pied le festival, le conseil général et la mairie n’ont pas tergiversé. D’évidence s’imposait la personnalité de Pierre Bongiovanni, connu dans la région comme créateur et directeur du CICV, le Centre international de création vidéo, implanté à une vingtaine de kilomètres de Belfort. Depuis dix ans, ce laboratoire de recherche accueille des artistes du monde entier, met à leur disposition des équipements sophistiqués, des studios numériques, des outils de modélisation en trois dimensions, ainsi qu’un accompagnement théorique et pratique. Les ” résidents ” sont nourris et logés, et peuvent expérimenter librement les nouvelles technologies, monter des films et préparer des expositions, mais aussi, simplement, ” méditer et se reposer “. S’il était à l’origine dédié à la vidéo, le CICV s’est ouvert à toutes les formes de création. Sans clivage entre tradition et haute technicité, s’y côtoient aujourd’hui cinéma, danse, théâtre, vidéo, écriture, peinture, ouvres pour Internet.

    Allergique aux cloisonnements, Pierre Bongiovanni revendique cet éclectisme. Lui-même se présente comme un ” hybride “, allusion à sa vie d’avant, sa première vie professionnelle : chimiste dans une grosse entreprise en région parisienne, son tempérament le mène droit vers la porte. ” J’ai été viré pour cause de militantisme syndical. De toute façon je passais plus de temps à organiser des activités culturelles pour le comité d’entreprise qu’à plancher sur la synthèse des molécules. ” Son licenciement tombe comme une sanction mais surtout comme une chance unique de reconversion. Après une formation en management culturel, il s’installe à Montbéliard pour diriger un centre d’action culturelle. Puis, las de s’éparpiller, il crée le CICV.

    ” Ce qui me passionne dans les nouvelles technologies, c’est de voir comment elles font évoluer la vie des gens, affirme-t-il. Je ne suis pas un fétichiste de la technique. Je ne m’intéresse pas aux ” tuyaux “, mais au contenu, à ce que les gens ont à transmettre. Je produis des ouvres, c’est-à-dire des objets inutiles, de l’imaginaire, du symbolique, du vent, du sable. La technique n’est qu’un un outil qui offre de nouvelles possibilités d’expression. ” Et inversement, les artistes peuvent contribuer au débat sur les nouvelles technologies, sur leur utilité, leur place dans la société. ” Internet, par exemple, est un grand bluff médiatique. On fait croire aux non-initiés qu’ils sont ignares, alors qu’on peut rester connecté pendant des heures sans rien apprendre. Si on n’y prend pas garde, Internet peut devenir une belle merde, soumise à des intérêts économiques et commerciaux. Face à la langue de bois dominante, les artistes sont là pour montrer qu’on peut en faire autre chose, un espace de création et d’échange. ” Parallèlement à la production artistique, le CICV organise des formations au multimédia, autant pour de jeunes entrepreneurs que pour des enseignants qui souhaitent inscrire le Web dans leur démarche pédagogique. ” C’est l’aspect intéressant du réseau : chercher à être intelligents, ensemble. “

    Pierre Bongiovanni supervise plutôt tranquillement la première édition d’un festival qu’il compte pérenniser et agrandir. Satisfait de voir que la rencontre des arts multimédia avec le public se passe plutôt bien, qu’il y a foule alors que la température stagne autour de zéro, il savoure son plaisir : ” Je fais ce que j’aime. Je suis un privilégié, mais sans mauvaise conscience, car je cherche à en faire profiter les autres. D’ailleurs j’étais un mauvais chimiste, trop distrait, mais je suis un bon président. “

    Fanny Doumayrou